Plusieurs dizaines de travailleurs en situation irrégulière travaillent sur les chantiers de la RATP. Sans papiers, mais pas toujours sans carte d’accès délivrée par la Régie.
Mody* est en grève depuis la mi-octobre. Par ce geste commun à plusieurs milliers de salariés comme lui, dont ceux des chantiers de la RATP, et relayé par plusieurs associations et syndicats, ce travailleur sans papiers réclame sa régularisation.
« J’ai travaillé dans le métro parisien et au RER, dit-il d’une voix posée. Mes employeurs sont les sociétés d’intérim ADECCO ou Synergie qui « me louent » à Asten, « Travaux d'aménagement de voirie et étanchéité », entreprise sous-traitante de la RATP. »
« À sa connaissance », la RATP n’emploie directement « aucun » travailleur en situation irrégulière. À sa connaissance, Mody et 23 travailleurs, sans papiers comme lui, ont été embauchés pour « arracher l’asphalte des quais du métro des lignes 1, 4, 8, 9 et 13, pour évacuer sur les épaules et sur la tête les 50 à 80 kg de gravats qu’il a fallu remonter à la surface de la bouche de métro pour le remplacer par du bitume bouillant transporté dans les mêmes conditions, sans protection, ni casque, ni gant, tout juste un baudrier fluorescent ». La mission d’intérim se faisait en une nuit très courte de 22 heures à 1 heure du matin, voire plus tôt ou plus tard, au tarif de 80 euros la vacation. La vidéo de cet esclavage des temps modernes réalisée par les salariés eux-mêmes avec leurs téléphones portables a fait le tour d’Internet.
Comment a-t-il été « engagé » pour travailler pour la Régie ? « Pour corroborer sa politique basée sur la compétitivité et la concurrence, observe Hervé Goix, conducteur sur la 9 et coordonnateur de l’action des sans papiers à l’union CGT-RATP, la Régie sous-traite le travail et réduit ses effectifs de câbleurs à M2E, de poseurs de voie à EST, d’agents du nettoyage et du bâtiment. »
Cette baisse drastique des prix, Mody la vit la nuit quand il est appelé par ses employeurs Adecco ou Synergie, sous-traitants où Asten puise sa main d’oeuvre. « Ils me disent d’aller à telle station à telle heure », rapporte ce Mauritanien. Parfois, il a croisé des « collègues » sans papiers mais munis de cartes d’accès RATP. Sur place avec ses camarades d’infortune, son chef le presse d’aller plus vite. « Le chantier doit être fait en quelques heures quand l’entreprise d’intérim est rétribuée pour plusieurs nuits », dénonce-t-il. Si le journalier n’est pas assez rapide, « c’est fin de mission ». La précipitation, l’absence de protections conduisent à des accidents. « Le chef n’appelle pas les pompiers, ironise Mody. Il te renvoie chez toi. » Sans soin.
Les salaires sont versés sur un ou plusieurs comptes à des noms différents, par les agences d’intérim. Elles ferment les yeux et promettent d’engager une procédure de régularisation, le fameux CERFA n° 13653.01. Que Mody et ses camarades espèrent voir venir comme pour ce machiniste-receveur régularisé en 2008 après intervention des administrateurs de la RATP auprès de Pierre Mongin, son président.
Pierre Gernez.
Article paru dans le magazine fréquence N°213, décembre 2009.
*Le prénom a été changé.
Voir aussi : http://grevesanspapiers.blogspot.com/2009/10/championnet.html

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