jeudi 31 décembre 2009

Quelques euros, une visite, un grand sourire... Pendant les Fêtes soutenez leur lutte ! article de Dominique Sicot.


Solidarité. Ils ne faiblissent pas depuis le 12 octobre. Malgré la neige, le froid, une trentaine de salariés sans papiers en grève occupent le chantier du tramway, porte des Lilas, à Paris. Pour tout refuge, ils n'ont que quelques tentes et, depuis peu, un abri installé par la Mairie de Paris. Pour se chauffer, des feux de palettes. Ils sont maliens, mauritaniens, sénégalais...



Embauchés par la société d'intérim Selpro, certains depuis des années, ils travaillent sur ce chantier pour la Suburbaine, une grosse entreprise de BTP. "Nos boulots ? Toujours les plus durs ! explique Moussa. La pelle, la pioche, le marteau-piqueur... Les heures supplémentaires non payées. On connaît nos droits, mais on ne peut pas parler parce qu'on n'a pas de papiers." C'est pour cela qu'ils sont prêts à aller jusqu'au bout, soutenus par Solidaires, la CGT, les Comités de soutien du 19ème et du 20ème arrondissement, les habitants du quartier... Ici, sur le "périph", on organise des fêtes et des nuits blanches de solidarité. Mais vous pouvez passer, tous les jours, à toute heurs, pour apporter votre soutien, matériel ou moral, vous serez toujours bien accueillis. Comme sur tous les autres piquets de grève actifs en Ile-de-France. Noël et jour de l'An n'arrêtent pas leur lutte. "Il y a des rencontres avec Selpro, mais on est encore loin du compte", précise Ibrahim. Alors ils tiennent. Pas seulement pour eux, mais pour les 6 000 autres grévistes qui travaillent dans le BTP, la restauration, le nettoyage, la confection, le gardiennage... Souvent dans des conditions indignes. En ce moment, pour tous, c'est la chasse aux "CERFA" (le contrat de travail et la demande d'autorisation pour l'emploi d'un salarié étranger) auprès des patrons qui les emploient. Et qui, pour la plupart, connaissaient leur situation, mais s'en accommodaient au mieux de leurs intérêts. "L'objectif, c'est 6 000 CERFA pour 6 000 grévistes" rappelle Raymond Chauveau, coordinateur CGT du mouvement. Non pas pour déposer des dossiers individuels en préfecture. Mais pour peser afin d'obtenir enfin des critères de régularisation simples, souples et égaux pour tous. "Avec sa circulaire du 24 novembre, Eric Besson a cru que l'affaire l'affaire était entendue. Mais c'est un texte flou dont la philosophie en revanche est claire : renforcer l'arbitraire des préfectures. Le ministre de l'Immigration doit revoir sa copie", estime Raymond Chauveau. Les onze soutiens (CGT, CFDT, FSU, UNSA, Autre Monde, Cimade, Droits Devant!! Femmes Egalité, Ligue des Droits de l'Homme, RESF) interpellent surtout le MEDEF et le ministre du Travail, Xavier Darcos. Car cette grève, qui a peu à voir avec les flux migratoires puisque les salariés concernés travaillent et sont là depuis longtemps, est avant tout un conflit du travail. "Un travailleur sans papiers est un travailleur sans droits. Peut-on admettre , dans ce pays, qu'il y ait, face au patronat, plusieurs catégories de travailleurs ?" interroge Raymond Chauveau. Pour les ouvriers de Citröen Aulnay (Seine-Saint-Denis) en tout cas, c'est non ! Eux qui au printemps 2007 avaient tenu sept semaines pour tenter d'arracher 300 euros de plus sur leur fiche de paie savent le coût de la lutte et l'importance de la solidarité. Le 22 décembre ils devaient accueillir une trentaine de grévistes pour organiser une collecte à la sortie de l'usine. Un joli pied de nez au gouvernement qui n'a de cesse de diviser les salariés.
Dominique Sicot.


Article paru dans L'Humanité Dimanche N° 192, semaines du 24/12/09 au 06/12/10. http://www.humanite.fr/


Lire aussi : "Solidarité « massive » autour des travailleurs sans papiers" sur le Blog de Marie Barbier.

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