jeudi 24 décembre 2009

Noël de lutte pour les travailleurs sans papiers

Mercredi 23 décembre. Il y a cet après-midi du vague à l'âme sur le piquet de grève du Fafih, rue de la Ville-L'évêque. Celui-ci sera évacué mardi prochain. Ainsi en a décidé le TGI de Paris, qui donne raison à la direction de cet organisme paritaire. Les 1800 grévistes qui se retrouvaient tous les jours depuis plus de deux mois près de la Madeleine devront trouver un autre lieu pour organiser leur mouvement.





Prenant la parole devant les grévistes rassemblés, Karl Ghazi, secrétaire général de l'US/CGT commerce de Paris remercie ceux-ci pour leur courage et pour la tenue exemplaire de ce piquet de grève, le plus important de la capitale. Puis Raymond Chauveau, coordinateur pour la CGT du mouvement des travailleurs sans papiers, exhorte les travailleurs à continuer la lutte, à ne pas se décourager. D'autres actions débuterons dans les prochains jours, l'accent étant mis sur la signature par les patrons des fameux cerfa, ces promesses d'embauche qui doivent être remplies par les entreprises. L'harangue du syndicaliste est rude pour ces chinoises qui ont eu le courage de se mettre en grève depuis des semaines, bravant leurs patrons qui les font bosser au noir depuis des années. Certaines pleurent, perdent l'espoir qu'elles avaient mises dans ce mouvement. Un espoir tout simple, celui de pouvoir travailler et vivre normalement avec des papiers. Celui de ne plus être payer 3 euros de l'heure, 14 heures par jour pour coudre les vêtements que nous porterons à la Saint Sylvestre. Comment pourront-elles forcer les patrons indélicats à accepter de signer les promesses d'embauche? Les travailleurs africains, plus rompus aux difficultés de cette lutte s'interrogent aussi. Ils ont du mal à obtenir leurs cerfa. Saganda Koné, l'un des délégué des grévistes du Fafih, arrêté hier à la sortie du Palais de Justice et libéré ce matin prend la parole. Il évoque toutes les difficultés de ce mouvement, l'intransigeance du gouvernement, les patrons qui renvoient les salariés sans papiers qui leur donnent pourtant totale satisfaction, le froid, les semaines de lutte ou ils ont pu entrevoir une issue heureuse pour leur régularisation, la monotonie des jours de grève. Ils préféreraient tous travailler.
Les grévistes rassemblés autour d'un petit muret ou se dressent les syndicalistes ne font plus qu'un, les traits tirés, passant selon les prises de paroles de souffrance à détermination. Autour d'eux, le brouhaha des préparatifs de Noël rend la scène encore plus douloureuse. Raymond Chauveau répond aux questions, avec la rigueur de ses convictions. Oui le combat est dur, oui le gouvernement est silencieux depuis des semaines, mais la victoire réside dans la détermination de chacun, dans la solidarité nécessaire entre grévistes. Des tournées de signatures de cerfa seront organisées dés la semaine prochaine. "On ira les chercher tous ensemble, un par un" crie Raymond Chauveau. Alors les visages s'illuminent de cette détermination incroyable qui illustre tant le courage de ces femmes et de ces hommes.
Le meeting improvisé laisse place à plusieurs grappes humaines, accrochées aux quelques syndicalistes présents. Certains grévistes tendent des feuilles de papiers, promesses d'embauche ou fiches de paye, preuves qu'ils existent dans ce monde, qu'ils sont bien là, depuis des lustres, à s'échiner pour gagner leur vie. D'autres nous parlent de leur travail, l'une fait des ménages pour trois familles, l'autre bosse dans un restaurant huppé de Boulogne. Chacun a son histoire, chacun veut vivre et travailler sans avoir la peur au ventre.
Feng, déléguée des travailleurs chinois, a des allures de pasionaria dans la nuit tombante. Eclairée par les phares des voitures qui embouteillent la rue, elle retraduit les discours, alliant le geste à la parole, avec la beauté d'une d'icône révolutionnaire. Elle dit que
le mouvement continuera la semaine prochaine, elle donne rendez-vous pour mardi, jour ou il faudra quitter les locaux du Fafih. Elle continue à sa battre dans la pénombre avec ses camarades pour des droits légitimes qu'on lui refuse parce qu'elle est chinoise.
A deux cent mètres, les magasins luxueux de la Madeleine ne désemplissent pas. C'est bientôt Noël.

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