dimanche 1 novembre 2009

Les travailleuses sans papiers manifestent à Saint Lazare.



Plus de 200 femmes sont entrées dans le mouvement des travailleurs-euses sans papiers cette semaine. Ces travailleuses exercent principalement dans les services à la personne. Leur boulot : s'occuper des enfants, accompagner des personnes âgées, faire le ménage. Du travail reconnu et socialement utile. Alors normalement, tout devrait bien se passer pour ces femmes dans un secteur d'activité qui manque cruellement de main d'oeuvre. Malheureusement, la réalité est toute autre. Souvent isolées, ces travailleuses subissent une double discrimination, d'abord parce qu'elles sont femmes et parce qu'elles sont sans papiers.
Mercredi 28 octobre, des dizaines de femmes se sont rassemblées derrière les banderoles de Femmes Egalité et de Droits Devant!! pour exiger leur régularisation.
A la maison des Femmes de Montreuil, Ana Azaria et les militantes de Femmes Egalité organisent le lendemain soir une réunion de travailleuses sans papiers pour les amener à s'engager dans le mouvement de grève qui exige leur régularisation. Sans celle-ci, elles ne peuvent en effet prétendre à demander que le droit du travail leur soit appliqué. Et la peur quotidienne de se faire prendre lors d'un contrôle de police et d'être reconduite à la frontière est toujours présente, une catastrophe lorsque l'on sait que ces femmes sont souvent mères d'enfants scolarisés en France.
Une vingtaine de femmes entourent Ana. Chacune nous raconte son histoire dont le dénominateur commun est l'exploitation. Souvent les patrons ne sont pas méchants, mais ils profitent toujours au bout du compte du manque de papiers. La plupart sont payées au noir, de temps en temps un chèque emploi-service, mais jamais de congés payés, jamais de contrat de travail, jamais de cotisations sociales qui ouvriraient de vrais droits. Les salaires ne sont pas non plus au rendez-vous, de cinq à huit euros de l'heure, quand le patron est sympa.
Natacha*, une ukrainienne de 40 ans nous explique que ses patrons sont partis 3 mois en vacances cet été, trois mois de farniente pour eux, trois mois de galère pour elle. Car l'été, les familles de Neuilly-sur-Seine ou de Boulogne-Billancourt ont moins besoin de ménage ou de garde d'enfants. Alors il faut ronger son frein, compter les sous et attendre le retour des vacanciers. Car les vacances pour Natacha se passent toujours dans le 18eme arrondissement de Paris où elle habite avec son mari et son fils de 16 ans. Sa chance : avoir les yeux bleus et être blonde, elle évite au moins les contrôles de police. Pour le reste, c'est la même galère que pour ses consoeurs maghrébines. Plusieurs employeurs, quelques heures de ménage par ci, quelques heures par là, la course pour aller d'une adresse à une autre, avec le sourire toujours. Pas d'état d'âme dans le service à la personne, ses petites misères, il faut les garder au fond de sa poche. Et la crise est là, même à Neuilly. Natacha nous explique que de trois heures de ménages par famille, elle est passée à deux heures et demie puis deux heures par semaine. "Vous comprenez ma chère Natacha, les temps sont durs". Et pour elle, sans contrat de travail, il lui faut comprendre les "soucis" de la patronne et accepter.
Cependant Natacha ne se résigne pas. A quarante ans, elle pense aussi au futur et ne souhaite pas travailler jusqu'à la mort. Alors elle veut être déclarée, pour pouvoir toucher une retraite.
Elle a déjà proposé à sa dizaine d'employeurs de remplir la promesse d'embauche (cerfa), synonyme de régularisation, mais aucun n'a voulu s'engager,"parce qu'ils ont tous peur de payer les arriérés de cotisations". Natacha n'est pas la seule dans ce cas autour de la table. Toutes hésitent à proposer à leurs patrons les promesses d'embauche. La peur d'être virée ou la peur de causer des problèmes aux familles auxquelles elles sont souvent attachées les amènent à l'ultime atermoiement devant leur engagement dans la lutte. Ana Azaria les convainc finalement.
Non les patrons ne risquent rien. Seulement ils devront payer leurs employées au minimum sur la base du smic.
Ana enlève finalement la décision et chaque travailleuse remplit sa carte de gréviste, symbolique, puisqu'elles ne peuvent pas faire grève. Mais déjà, elles ont renoncé par ce geste
à rester dans l'ombre imposée par ce manque de papiers. Elles ne sont plus seules, et cette réunion leur donnera demain matin la force d'aller travailler la tête haute.


* le prénom a été volontairement changé.


Voir aussi  : 
http://www.humanite.fr/2009-10-27_Societe_Sans-papiers-Les-travailleuses-aussi

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