samedi 21 novembre 2009
Interview de Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT.
Vous pensez obtenir la circulaire que réclament les grévistes ?
Je pense qu’on va l’obtenir cette circulaire, et c’est une grande victoire pour les salariés en lutte depuis le 12 octobre. C’est une lutte commune avec dix autres organisations que la CGT. Si on obtient cela ça sera une victoire du bon sens. La reconnaissance d’une réalité économique à laquelle personne ne peut se soustraire.
Et puis c’est une victoire commune une victoire du courage, de la détermination de tous ces salariés qui se battent depuis février 2008 avec la Grande Armée, qui se battent enfin des critères qui soient les mêmes sur tout le territoire, des critères acceptables, compréhensibles, améliorés et simplifiés par rapport aux acquis de 2008. C’est une reconnaissance de ces salariés qui jusque là n’avaient pas de droits, et on espère bien qu’avec la régularisation ils vont pouvoir reconquérir leurs droits de salariés de façon qu’on ait plus de salariés sans droits dans nos entreprises de France.
Ces salariés sans-papiers sont plus fragiles que les autres ?
Ces salariés ont tout supporté jusqu’à maintenant. Qui ont été utilisés de façon ultra flexible, ultra disponible, qui devaient obéir à tout, qui n’étaient jamais malades, jamais en vacances, jamais revendicatifs…Terriblement à la merci de n’importe quel patron. Ils ont supporté cela pendant des années et maintenant ils disent trop c’est trop. Ils ont vu que l’année dernière 2800 salariés grâce à l’action unie avec la CGT et les associations femmes égalité et droits devant !! ont pu être régularisés, sortir de l’ombre, vivre libre et défendre leurs droits, cela leur a donné courage pour dire nous aussi quand on est malade on ne veut pas être obligés de démissionner , au bout d’une année de travail on voudrait pouvoir partir en vacances voir notre famille. Certains cela fait dix ans qu’ils n’ont pas vu leur famille et pas vu leurs gosses grandir. La liberté de circulation ça a été l’une des premières revendications pour laquelle se sont battus les salariés dans notre pays, il faut se rappeler le livret ouvrier. Et puis ils veulent reconquérir les autres droits qu’ont les salariés : pouvoir dire que ses conditions de travail cela ne va pas, que j’ai le droit à un planning, à des jours de vacances, à des augmentations, et si je suis ouvrier qualifié dans le bâtiment j’ai le droit à une paie qui soit autre chose qu’une paie de manœuvre. C’est une lutte libératrice et on voit cela dans les yeux des grévistes. Ils savent qu’avec ce papier ils vont obtenir beaucoup de choses.
Ce mouvement a souvent été qualifié de lutte sociale exemplaire…
Oui c’est vraiment une lutte sociale exemplaire d’abord par l’ampleur de cette lutte. Ils sont 5200 grévistes maintenant sur une quarantaine de sites en région parisienne. Ils viennent de 1800 entreprises différentes. On n’a pas vu cela depuis des années en France. On n’a jamais vu des salariés de toutes petites entreprises qui soient aujourd’hui en lutte et des salariés des entreprises d’intérim. C’est la première grande lutte de la mondialisation qu’on est en train de vivre. Tous ces salariés qui historiquement devaient être des salariés à bas coût qui acceptent tout se sont levés et ils disent tout ça on n’en veut plus. Ces salariés qu’on aurait pu croire les plus fragiles, qu’on aurait pu croire les plus précaires se sont levés. Je pense que ça pourrait être un exemple à suivre pour les salariés des petites entreprises, pour les salariés intérimaires, pour tous ceux qui n’ont pas osé y aller. Ces salariés sans-papiers qui risquent de se faire arrêter chaque fois qu’ils quittent leur travail ou leur piquet de grève, si eux ils ont osés y aller alors tout le monde peut oser y aller. Dans ce sens là c’est une lutte exemplaire.
Quand les responsables ministériels ou des employeurs dénient le droit des salariés intérimaires à la grève parce qu’ils sont soit en mission soit en cherche du boulot, qu’ils dénient aux salariés des petites entreprises le droit d’occuper des sites qui appartiennent à leur donneur d’ordre ou qui appartiennent à leur fédération patronale en leur disant on ne vous connaît pas, vous n’avez rien à faire ici, c’est dénier le droit de grève et de se défendre à 40% ou 50% de la population française. Ces grévistes sont en train de montrer la voie à tous ceux qui n’osaient pas se battre parce qu’ils étaient intérimaires ou salariés de petites entreprises. Et ils ont su trouver la CGT à leurs côtés. On a avec nous des centaines et des centaines de futurs militants syndicaux - pour certains ils le sont déjà – qui auront fait la campagne de régularisation, qui auront appris à parler devant leurs camarades, qui ont appris à les représenter, à les défendre, qui ont distribués des tracts, qui ont fait des journaux, des blogs… C’est une génération de militants syndicaux qui viennent d’ailleurs et qui dans l’avenir vont faire honneur à notre CGT.
Propos recueillis par Cyrielle Blaire
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Bravo Francine.
RépondreSupprimerUn ancien de chez STEIN, sce métrés.
J.D.