vendredi 27 novembre 2009

Le piquet de grève d'Adec tient bon



Ce matin, les forces de l'ordre ont essayé d'évacuer le piquet de grève des salariés sans papiers d'Adec, sur le chantier de l'hôtel Majestic, rue La Pérouse dans le 16ème arrondissement de Paris. Muni d'une décision de justice, l'huissier de Qatari Diar (le propriétaire) voulait procéder à l'évacuation des grévistes d'Adec, arguant qu'il ne connaissait pas le nom des occupants.



Les CRS étaient en place, prêts à intervenir et rien ne semblait pouvoir les dissuader, ni la cinquantaine de grévistes à l'intérieur, ni les quelques militants et journalistes accourus sur place. Tous les accès étaient bouclés. Devant la fenêtre qui sert normalement d'ouverture au piquet de grève, une demi-douzaine de CRS interdisait toute communication entre l'intérieur et l'extérieur et l'on pouvait juste deviner les camarades d'Adec préparer dans l'obscurité leur sortie (l'électricité est coupée depuis le 20 octobre).
Hervé Goix, militant de l'UD CGT de Paris, négociait pied à pied avec le commissaire de police et l'huissier du propriétaire. Pour lui, cette décision de justice ne reflétait pas la réalité de la situation. En effet la liste des grévistes occupant le site avait bien était remise à la Société Adec, et c'est en toute légalité que ce mouvement avec occupation du lieu de travail se déroulait. Arguments contre arguments, la bataille était aussi téléphonique entre la Préfecture et les syndicats. Patrick Piccart, secrétaire de la CGT à Paris développait les mêmes thèses qu'Hervé Goix. Un flottement sensible se percevait dans les rangs de la police. Eux aussi en contact permanent avec la Préfecture voulaient s'assurer du bien fondé de cette décision de justice.
Pendant ce temps, une dizaine de grévistes d'Adec restés dehors arboraient devant les caméras de télévision leurs cartes professionnelles de chez Adec ou Bouygues, qui leur permettaient d'accéder aux chantiers. Il était clair que les 62 grévistes d'Adec occupaient bien le chantier sur lequel ils travaillaient.
Peu après 11 heures, Une première escouade de CRS sortait de l'ancien Centre des congrès du ministère des Affaires Etrangères, suivis rapidement des autres fonctionnaires de police. Le droit de grève l'emportait enfin et la fenêtre de la rue La Pérouse s'ouvrait de nouveau. Les retrouvailles étaient chaleureuses et Mr Doucouré, délégué des travailleurs sans papiers d'Adec, pouvait répondre aux nombreuses sollicitations de la presse. Pour lui, cette nouvelle épreuve n'entamait pas la détermination du piquet de grève. Ils resteraient ici jusqu'à l'obtention d'une circulaire de régularisation prenant en compte les réalités de leur vie. Hervé Goix, quant à lui, insistait sur la notion de conflit du travail, reconnu par les autorités.
Qatari Diar (fond souverain du Qatar et son associé Peninsula (groupe hôtelier de Hong Kong) devront encore attendre pour reprendre les travaux d'aménagement du futur hôtel de luxe de l'avenue Kléber. Peut-être devraient-ils faire pression sur l'entreprise Adec pour qu'elle remplisse ses engagements auprès de ses salariés sans papiers au lieu d'essayer de contourner le code du travail.
La fenêtre sans grilles de la rue La Pérouse restait encore aujourd'hui ouverte sur le droit et la liberté.

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