mercredi 28 octobre 2009

« On travaille mais on compte comme zéro », article de Cyrielle Blaire.



Comme des milliers d'autres, les 28 ouvriers sans-papiers du chantier GCC de Massy se sont mis en grève le 12 octobre afin d'obtenir une circulaire de régularisation uniforme sur tout le territoire et pour tous les salariés. Tous travaillent depuis des années pour cette entreprise du bâtiment. Reportage.
Tout autour de la gare RER de Massy, dans l'Essonne, le quartier résonne des bruits des chantiers en activité. Un drapeau CGT flanqué à la palissade de l'un deux indique qu'ici se tient pourtant un piquet de grève. Les ouvriers maliens du chantier de la société GCC se sont joints le 12 octobre au mouvement de grève des travailleurs sans-papiers. Ils ne quittent jamais les lieux et se relaient pour dormir dans un local suintant d'humidité. « Le matin quand nous nous levons nos matelas sont trempés, c'est très dur », raconte Mamadou Keita, l'un des grévistes. La lutte peut durer des semaines comme des mois, pourtant tous prêts à tenir jusqu'au bout malgré les sacrifices financiers entraînés par une longue grève. « Nous sommes déterminés, affirme Fousseni Sacko. Je suis optimiste, ce mouvement est historique. Jamais avant nous n'avions eu le soutien de cinq organisations syndicales et de six associations! »
Les raisons qui les ont poussés à s'engager dans cet Acte II sont nombreuses. « On travaille, on cotise, on paie des impôts mais quand on est sans-papier on est zéro », s'indigne Badjegui Sacko. Cet ouvrier désigne son camarade Fousseni : « Avec des papiers on peut-être responsable. Lui, s'il n'était pas sans-papier, cela ferait longtemps qu'il serait chef avec ses compétences! ». Fousseni confirme : « On a aucune possibilité d'évoluer, de demander des formations. Si demain on est régularisés on pourra réclamer ces droits. Mais là on ne peut rien demander, tu dois rester muet. » Et ces ouvriers comme tant d'autres sont obligés faute de papiers d'accepter les conditions de travail qui leur sont imposées par leur entreprise quelque elles soient. « Le patron sait qu'on n'a pas de papiers et en profite, lâche Mamadou. Quelqu'un qui a des papiers touche 13 euros de l'heure. Mais nous c'est 8 ou 9 euros, on n'a pas le choix. »
En attendant de gagner ce bras de fer, ils profitent de leurs heures d'oisiveté pour prendre des cours de français. Les murs en témoignent où sont accrochés des exercices de grammaire.
Cyrielle Blaire

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