vendredi 14 mai 2010

Travailleurs-euses sans papiers : les négociations commencent

A 8h30 ce matin, la bouche de métro de la station Varenne déverse des flots de travailleurs sans papiers. Africains, asiatiques, européens, tous viennent soutenir les syndicalistes qui, d’ici une heure, ont rendez-vous au ministère de l’immigration, après sept mois de grève, pour enfin discuter des critères de régularisation de dizaine de milliers d’étrangers qui vivent et travaillent en France.




Depuis 2 jours que le rendez-vous est connu, les délégués des piquets de grève, par sms, par mails, en visitant les foyers, remobilisent une nouvelle fois les grévistes et leurs soutiens pour que ce rassemblement soit le plus large possible. Et une nouvelle fois, tous sont au rendez-vous, déterminés comme jamais pour voir leurs revendications aboutir.
Quand à 10 heures, la délégation, les bras chargés des 60 000 pétitions demandant la régularisation des travailleurs sans papiers, prend le chemin de la rue de Grenelle, ils sont plus de deux mille amassés sur le trottoir du boulevard des Invalides à l’acclamer.
L’attente commence, rythmée par les tambours chinois, le fameux slogan : on bosse ici… et une sono récalcitrante qui relaie la musique du groupe malien Kayouté. De la rue de Grenelle à la rue de Varenne, on affiche complet, et les soutiens venus nombreux ont du mal à se frayer un passage pour rejoindre le centre du rassemblement. Pierre Laurent du PCF et Eric Coquerel du Parti de Gauche sont là comme toujours, idem pour Laurent Cantet du collectif des cinéastes pour la régularisation des travailleurs sans papiers qui ne lâche pas l’affaire. Les associations qui sont dans le mouvement depuis le début sont aussi largement représentées dans ce grand week-end de l’ascension. On notera même la présence d’une délégation de syndicalistes autrichiens qui ont tenu à être présent ce matin pour apporter leur solidarité au mouvement.
Peu avant 13 heures, la délégation emmenée par Francine Blanche et Raymond Chauveau remonte le boulevard, entourée d’une marée humaine qui se serre autour d’eux. Chacun veut savoir, tous se sont tant battus. Et Raymond Chauveau, prenant le micro de la sono qui par miracle ne le trahira pas, égrène les points positifs de ces trois heures de discussion. « Toutes les situations ont été abordées, celles des intérimaires qui donnera lieu à une nouvelle réunion le jeudi 20 mai, celles des travailleuses bossant dans l’aide à la personne (réunion aussi le 20 mai), celle des travailleurs au noir, et celle des algériens et tunisiens. Aucune porte n’est fermée. Nous avions dit que nous ne lâcherions personne et nous ne lâchons personne. Ce résultat, nous vous le devons, à votre détermination et votre présence aujourd’hui. Dés maintenant nous devons amplifier cette mobilisation… ».
Francine Blanche de son coté, saluait « un bout de chemin fait ensemble dans la compréhension…c’est positif c’était une discussion sérieuse, il faut maintenant creuser les questions ».
Le ministère de l’immigration, avec l’expertise du Directeur général du travail, représentant le ministère du travail, aborde certainement aujourd’hui le problème des travailleurs sans papiers sous un nouvel angle. La circulaire du 24 novembre 2009 était vide des critères objectifs et précis exigés par les grévistes et laissait une très large marge d’interprétation aux préfectures. Le texte de « l’approche commune » signée par les organisations syndicales et une partie du patronat est un bon point de départ pour les prochaines négociations. Un texte, publié dans Le Monde de mercredi dernier et signé par des personnalités du monde du travail et par des universitaires, appelait le gouvernement à résoudre de manière pérenne la situation des travailleurs étrangers sans titre de séjour sur la base de « l’approche commune ».
Et Raymond Chauveau de conclure autour d’un « mafé géant » clôturant le rassemblement : « La circulaire du 24 novembre est pleine de trous. Il nous faut les combler avec nos propositions et n’oublier personne »

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