mardi 9 février 2010

Le piquet de grève de la rue du Regard résiste (3)

La vie du piquet de grève, sous la menace d'une évacuation par les forces de l'ordre depuis mardi dernier s'organise peu à peu. Les grévistes qui restaient à une cinquantaine la nuit sont désormais tous présents 24 heures sur 24. Tout comme les nombreux soutiens qui se succèdent rue du Regard. La journée, rythmée par les repas pris en commun se passe sans tension apparente. Et la décision du Tribunal de Grande Instance de Paris d'ordonner l'évacuation du FAF-SAb n'a pas entamé la détermination des travailleurs sans papiers d'aller jusqu'au bout de leur lutte pour leur régularisation. La récolte des "cerfas" (promesses d'embauche) auprès des patrons continue. Déjà, près d'une centaine ont été rassemblés sur ce piquet de grève.


Il n'est pourtant pas question, pour l'instant, de déposer les dossiers en préfecture. Comme nous le dit Konaté, l'un des délégués des grévistes : " Déposer les dossiers maintenant, sans une circulaire de régularisation précise avec des critères améliorés, amènerait les préfectures à refuser la majorité des régularisations. Il faut aller jusqu'au bout du mouvement et surtout tenir bon".
Car au bout de 4 mois de grève, les discussions vont bon train sur le piquet de grève de la rue du Regard et dans les assemblées générales des délégués de grévistes (la dernière s'est tenue vendredi soir). Faut-il déposer les dossiers déjà constitués ou attendre le résultat des conversations engagées avec le gouvernement et le patronat?
La réponse pour les grévistes est quasi unanime, avec la circulaire d'Eric Besson, il n'y aurait au mieux qu'un millier de régularisations. Pas de régularisation pour les femmes travaillant dans l'aide à la personne, pour les Algériens et les Tunisiens, soumis à d'autres règles par des accords bilatéraux entre la France et les pays du Maghreb, et pour les travailleurs payés au noir.
"Alors on doit continuer, même si c'est dur, on n'a pas le choix", nous dit Sacko, délégué du piquet de grève d'un chantier à Massy, venu soutenir ses camarades du FAF-SAB. "C'est notre avenir qui se joue en ce moment, et si la grève doit durer encore plusieurs semaines, ça vaut la peine". Sacko comme les 29 camarades de Massy travaille pour l'entreprise GCC depuis de nombreuses années. Embauché au fil des chantiers avec un contrat d'intérim, Sacko veut voir ses compétences confirmées par une VAE (validation des acquis de l'expérience) et accéder enfin à la qualification qui lui ouvrirait un meilleur salaire. Cotisant aux assurances sociales, il souhaite pouvoir voir ses frais de santé remboursés par la Sécurité Sociale. Cotisant au régime de retraite, il aimerait bien que ces années de cotisations soient pris en compte à la fin de sa vie professionnelle. Sacko et tous les grévistes rencontrés ne souhaitent qu'une chose, que leur place dans la société et l'économie française soit reconnue et qu'ils puissent vivre comme tout travailleur de France, avec les mêmes droits. 
Aux antipodes d'un débat sur l'identité nationale qui se termine par un fiasco, le mouvement des travailleurs sans papiers met en réalité le monde du travail ou sont intégrés des dizaine de milliers de travailleurs étrangers. Sans discours, ils ont naturellement trouver leur place en France et il ne leur manque qu'un permis de travail  pour pouvoir vivre dignement.
Nous sommes loin de l'épuisement et de la lassitude, voulus par le gouvernement et colportés par des sites pourtant censés défendre la cause des travailleurs sans papiers.
"C'est sûr que la grève, c'est pas les vacances, mais ce papier, on va l'obtenir et c'est pas le froid ou les évacuations qui nous arrêteront"conclut Moussa (Manpower) dans un éclat de rire. 

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