Depuis le 12 octobre 2009, plus de 6000 travailleurs sans papiers sont en grève pour obtenir une circulaire de régularisation avec des critères précis et améliorés pour en finir avec « le pouvoir discrétionnaire » des préfectures qui peuvent ou non accéder aux demandes de régularisations par le travail. Comprenons bien la situation actuelle : selon les préfectures ou sont déposés les demandes de régularisation, nous pouvons avoir, avec des dossiers similaires, des résultats diamétralement opposés, une régularisation par ci, des OQTF (obligation de quitter le territoire français) par là.
De plus en plus, les dépôts de dossier de régularisation ressemblent à une vaste loterie, ou les chances de gagner s’étiolent au fil des mois, les textes ministériels n’étant pas appliqués, les blocages et les discriminations étant de plus en plus nombreuses en préfectures.
De plus en plus, les dépôts de dossier de régularisation ressemblent à une vaste loterie, ou les chances de gagner s’étiolent au fil des mois, les textes ministériels n’étant pas appliqués, les blocages et les discriminations étant de plus en plus nombreuses en préfectures.
Les premières semaines de grève amenaient le ministre de l’immigration à écrire une nouvelle circulaire (24/11/2009), bien en deçà des demandes exprimées. De l’aveu même de certains conseillers du ministère du travail, cette circulaire n’est pas faite pour fonctionner. En effet, le flou sur les critères de régularisation continue à être entretenu et les décisions finales toujours laissées à l’appréciation des préfets, laissant planer un fort soupçon d’arbitraire sur celles-ci. Cette circulaire du 4/11/2009 était doublée de déclarations belliqueuses d’Eric Besson et de Xavier Darcos envers le patronat, les deux ministres menaçant de fermer administrativement les entreprises qui auraient des travailleurs sans papiers parmi leurs salariés. Menaces qui aujourd’hui pèsent sur les 2200 entreprises touchées par le mouvement de grève.
Cet effet d’annonce et les multiples actions de grève et d’occupation d’entreprises ont amené une partie du patronat à rencontrer et à discuter avec les organisations syndicales sur la problématique des travailleurs sans papiers. Ce fût en premier la présidente d’ETHIC, Sophie de Menthon qui s’exprima sur le sujet dans une tribune publiée dans le journal « Les Echos » du 28/12/2009. En janvier 2010, la conférence de presse des salariés sans papiers de la société ADEC organisée à l’Assemblée Nationale par plusieurs députés démontrait que la présence des travailleurs sans papiers était inéluctable dans de nombreux secteurs de l’économie française et qu’il fallait trouver une solution pour qu’ils sortent de l’illégalité ou la politique gouvernementale les maintenait. La réponse du gouvernement, toujours dans la finesse, fût de faire évacuer le piquet de grève des salariés sans papiers d’ADEC la semaine suivante et de mettre la pression sur le piquet de grève du FAF-SAB, rue du regard. La détermination des grévistes appuyée par une forte mobilisation du monde culturel, politique et associatif, la débâcle du débat sur l’identité nationale et la proximité des élections régionales eurent pour effet d’anesthésier pour plusieurs semaines les actions policières sur les piquets de grève.
C’est pendant cette « trêve » qu’est née « l’approche commune », texte commun élaboré par la CGT, la CFDT, l’UNSA, la FSU, SOLIDAIRES, la CGPME, ETHIC, le Syndicat national des activités de déchet, VÉOLIA PROPRETÉ . Ce texte définit des critères objectifs de régularisation pour les travailleurs sans papiers, et garantit l’égalité de traitement entre les salariés concernés quel que soit leur lieu de travail. « L’approche commune » n’a pas vocation à prendre position sur la question de la régularisation des flux migratoires en France, et ne règle pas la situation des travailleurs sans papiers non déclarés.
Cette initiative, clairement expliquée et approuvée par les assemblées générales de grévistes est le résultat de leur combat. Sans le rapport de force créé dans les entreprises et dans les locaux d’organisations patronales, les patrons ne se seraient peut-être pas engagés dans « l’approche commune ». Celle-ci montre la voie aux entrepreneurs qui doivent remplir les fameux « cerfas » pour régulariser leurs salariés sans papiers. Elle donne aussi une porte de sortie aux patrons qui emploient « au noir » des sans papiers et qui souhaitent retrouver une certaine sérénité.
Reste la régularisation effective par les autorités préfectorales. Et là, le problème reste entier. Avec le revers électoral de l’UMP et du gouvernement aux Régionales , avec la remontée du Front National, on pouvait penser que la politique d’immigration d’Eric Besson avait du plomb dans l’aile. En effet ni le débat sur l’identité nationale, ni l’inflexibilité du ministre envers les migrants ou les travailleurs sans papiers n’avaient pu maintenir l’électorat d’extrême droite dans le giron de l’UMP. Ces 12% d’électeurs repartaient avec haine et bagages dans leur famille d’origine. Cet échec pouvait amener le président et le premier ministre à réajuster leur politique de l’immigration vers des thèses défendues par le centre-droit et accéder à la demande de discuter de l’approche commune avec le ministère du travail. Ils pouvaient aussi raidir leur position et aller dans une escalade de la répression envers les migrants. Les trois semaines qui viennent de s’écouler ne laissent aucune ombre sur la direction prise par le pouvoir. C’est à droite toute.
D’abord il y a eu l’évacuation du plus ancien piquet de grève parisien (intérim) avenue Daumesnil le 24 mars. Puis au lendemain de la présentation du projet de loi sur l’immigration en conseil des ministres, l’évacuation du piquet de grève du FAF-SAB rue du regard le 1er avril, avec le jour même, une conférence de presse d’Eric Besson, qui ne laisse guère d’espoir de régularisation aux grévistes.
Le mouvement des travailleurs sans papiers a quand à lui su montrer toute sa vitalité que ce soit chez STN à Aulnay où un protocole était signé dans l’heure avec 28 promesses d’embauche à la clé ou au restaurant de Bagatelle, investi le 17 mars avec 8 promesses d’embauche signées en 2 heures. La pression restait aussi vive sur l’entreprise Bouygues, qui vit l’un de ses chantiers investi par deux cent militants CGT le 25 mars. Et comment ne pas parler de la journée du 1er avril ou la mobilisation de dizaine d’élus et de centaines de militants a bloqué toute la journée les forces de police venues dégager le piquet de grève du FAF-SAB. Certes celui-ci n’aura pas été sauvé, mais cette journée montre à quel point la mobilisation est forte autour des travailleurs sans papiers.
Mardi 6 avril, l’éditorial du Monde fait écho à cette actualité. S’engageant avec force, le journal du soir appelle le gouvernement à sortir de l’incohérence qui le conduit à privilégier la répression de l’immigration clandestine sur une politique assumée d’immigration de travail et à agir avec équité . Quand à la politique d’immigration du gouvernement ; elle devient selon le Monde triste et sordide.
D’abord il y a eu l’évacuation du plus ancien piquet de grève parisien (intérim) avenue Daumesnil le 24 mars. Puis au lendemain de la présentation du projet de loi sur l’immigration en conseil des ministres, l’évacuation du piquet de grève du FAF-SAB rue du regard le 1er avril, avec le jour même, une conférence de presse d’Eric Besson, qui ne laisse guère d’espoir de régularisation aux grévistes.
Le mouvement des travailleurs sans papiers a quand à lui su montrer toute sa vitalité que ce soit chez STN à Aulnay où un protocole était signé dans l’heure avec 28 promesses d’embauche à la clé ou au restaurant de Bagatelle, investi le 17 mars avec 8 promesses d’embauche signées en 2 heures. La pression restait aussi vive sur l’entreprise Bouygues, qui vit l’un de ses chantiers investi par deux cent militants CGT le 25 mars. Et comment ne pas parler de la journée du 1er avril ou la mobilisation de dizaine d’élus et de centaines de militants a bloqué toute la journée les forces de police venues dégager le piquet de grève du FAF-SAB. Certes celui-ci n’aura pas été sauvé, mais cette journée montre à quel point la mobilisation est forte autour des travailleurs sans papiers.
Mardi 6 avril, l’éditorial du Monde fait écho à cette actualité. S’engageant avec force, le journal du soir appelle le gouvernement à sortir de l’incohérence qui le conduit à privilégier la répression de l’immigration clandestine sur une politique assumée d’immigration de travail et à agir avec équité . Quand à la politique d’immigration du gouvernement ; elle devient selon le Monde triste et sordide.
Ces 6 mois de grève auront vu le mouvement des travailleurs sans papiers recueillir une large adhésion de la société française à leur combat pour pouvoir travailler et vivre dignement en France. Depuis avril 2008, ce mouvement a permis de mieux comprendre les conditions de travail et d’exploitation de 300 à 400 000 travailleurs « étrangers » en France. Il a permis de mettre en lumière des injustices sociales indignes au pays des droits de l’homme. Il a obligé une partie du patronat à prendre part à « l’approche commune » et à avoir une réflexion « éthique » sur leur rôle d’employeur. Et pour la première fois depuis bien longtemps, il a fédéré 5 grandes centrales syndicales sur une stratégie de conquêtes de droits sociaux.
L’annonce, le mardi 6 avril, de Solidaires de présenter des dossiers de régularisation en préfecture, sans attendre une nouvelle circulaire, est le premier accroc dans cette belle unité. Cette décision, discutée le lendemain en assemblée générale des piquets de grève, n’a pas convaincu les délégués et ne fait pas l’unanimité chez les militants de Solidaires. « Envoyer des travailleurs sans papiers en préfecture sans un nouveau texte, c’est comme lancer l’offensive du Chemin des Dames en 1917, ce sera un massacre » nous confiait un syndicaliste. En effet dès les Régionales passées, les tentatives de reconduite à la frontière de travailleurs sans papiers en grève se multiplient, comme les rafles de sans papiers. La réaction du gouvernement face au dépôt précipité de dossiers peut être de deux ordres :
1/ Régulariser un certain nombre de camarades au cas par cas pour mieux refuser les demandes ensuite (ce qui a amené l’acte II de la grève des travailleurs sans papiers) puisqu’il n’y aura pas eu de nouvelle circulaire.
2/ Renvoyer les demandeurs dans leur pays directement après le refus des dossiers. Dans les deux cas, ces six mois de grève n’auront pas permis de sécuriser durablement la présence des travailleurs sans papiers en France.
1/ Régulariser un certain nombre de camarades au cas par cas pour mieux refuser les demandes ensuite (ce qui a amené l’acte II de la grève des travailleurs sans papiers) puisqu’il n’y aura pas eu de nouvelle circulaire.
2/ Renvoyer les demandeurs dans leur pays directement après le refus des dossiers. Dans les deux cas, ces six mois de grève n’auront pas permis de sécuriser durablement la présence des travailleurs sans papiers en France.
La réunion des comités de soutien des grévistes sans papiers, le vendredi 9 avril, a permis de clarifier les positions des uns et des autres. Les buts de ce mouvement social, que l’on retrouve dans la lettre des organisations syndicales envoyée le 1er octobre 2009 au premier ministre ont été rappelés par Raymond Chauveau, coordinateur pour la CGT du mouvement des travailleurs sans papiers. Les objectifs sont clairs, et malgré les difficultés que le mouvement traverse, il ne peut y avoir de solutions médianes. La responsable de Solidaires a aussi réaffirmé le soutien sans faille de son syndicat à la grève des travailleurs sans papiers. Seule différence avec les autres organisations, Solidaires souhaite préparer et accompagner les travailleurs sans papiers ayant une promesse d’embauche en poche et voulant déposer leur dossier de régularisation en préfecture. Pour être complet sur cette question, il est aujourd’hui avéré que plusieurs organisations locales ou départementales de la CGT accompagnent elles aussi ponctuellement des travailleurs sans papiers dans leurs démarches de régularisation, comme quoi les choses ne sont pas aussi simples qu’elles paraissent. Les comités de soutien ont quand à eux réaffirmé leur engagement auprès des travailleurs sans papiers, demandant aux onze syndicats et organisations soutenant le mouvement plus de moyens, plus de communication, et plus d’initiatives.
La semaine qui vient de s’écouler illustre parfaitement la situation actuelle du mouvement des travailleurs sans papiers : entre incertitudes et promesses de victoire. La grève est longue, trop longue pour certains qui se découragent. Beaucoup de grévistes ont perdu leur emploi, leur logement qu’ils ne pouvaient plus payer. Ils s’attendaient à un conflit dur, mais pas comme cela. Se référant au mouvement de 2008 et à l’ampleur de celui qu’ils vivaient, ils espéraient obtenir leur régularisation avant la fin de 2009. C’était sans compter sur l’entêtement du gouvernement qui ne voit que des « des appels d’air d’immigration » là ou il n’y a que des besoins de main d’œuvre dans des secteurs économiques en recherche de salariés. Jeudi dernier, Pascal Decary, DRH de Véolia Propreté ne dit pas autre chose dans un entretien à Médiapart : La France a besoin de main-d'œuvre, c'est une donnée démographique, qu'elle soit qualifiée ou non qualifiée. Sans les salariés étrangers, une grande partie de l'économie s'arrêterait. C'est un fait. Les jobs que les entreprises proposent, en Ile-de-France, à Lille, à Lyon ou à Marseille, ne trouvent pas preneurs. Alors que nous offrons des CDI, à 35 heures par semaine. Nous devons cesser de considérer l'immigration comme un problème. C'est un atout.
Mais les patrons, eux aussi, se fracassent avec leurs pragmatisme sur le mur de l’incompréhension gouvernementale. Eric Besson réaffirme qu’il ne peut aller plus loin que sa circulaire du 24 novembre 2009. Pour celui-ci, mis à mal avec l’échec de son débat sur l’identité nationale et de plus en plus isolé au sein de la droite, la survie politique se vit dans une fuite en avant et une démarche de plus en plus répressive envers les migrants. De plus, il fait pression sur les patrons engagé dans l’approche commune pour que ceux-ci quittent cette initiative. C’est ce que certains appellent « la politique de la terre brulée », intimider par des rafles et des reconduites à la frontière les travailleurs sans papiers et les renvoyer dans l’ombre ou ils vivaient avant le mouvement et menacer les patrons tentés d’appuyer les régularisations de leurs salariés sans papiers de sanctions administratives. Devant l’obstination du ministre de l’immigration qui joue aussi sur ce dossier l’avenir de son énième texte de loi, les travailleurs sans papiers et certains de leurs soutiens peuvent être tentés de négocier « à minima » une sortie de conflit. Qui pourrait leur reprocher ? Qui en France a tenu 6 mois de grève, multipliant les actions et prenant tous les risques sans passer par des moments de lassitude, sans penser à l’échec ? Mais c’est là un des paradoxes de cette lutte, celle-ci arrivant au bout de son énergie, elle en crée de plus en plus chez les soutiens. En témoigne le rassemblement d’hier devant l’Hôtel de Ville de Paris où les messages de solidarité se sont succédés pendant deux heures devant deux mille personnes. Et si les discours mettaient l’accent sur l’exemplarité du mouvement et le courage des grévistes, ils amenaient chacun un engagement à relayer la lutte partout où il faudrait le faire. De nombreux élus de la majorité régionale se retrouveront la semaine prochaine sur ce thème, les partis politiques de gauche souhaitant prendre leurs responsabilités dans un conflit social qui n’a que trop duré. Cet engagement des politiques auprès des travailleurs sans papiers n’est pas nouveau, mais il se développe maintenant que le blocage du gouvernement face aux bonnes dispositions des acteurs sociaux est évident.
Mais les patrons, eux aussi, se fracassent avec leurs pragmatisme sur le mur de l’incompréhension gouvernementale. Eric Besson réaffirme qu’il ne peut aller plus loin que sa circulaire du 24 novembre 2009. Pour celui-ci, mis à mal avec l’échec de son débat sur l’identité nationale et de plus en plus isolé au sein de la droite, la survie politique se vit dans une fuite en avant et une démarche de plus en plus répressive envers les migrants. De plus, il fait pression sur les patrons engagé dans l’approche commune pour que ceux-ci quittent cette initiative. C’est ce que certains appellent « la politique de la terre brulée », intimider par des rafles et des reconduites à la frontière les travailleurs sans papiers et les renvoyer dans l’ombre ou ils vivaient avant le mouvement et menacer les patrons tentés d’appuyer les régularisations de leurs salariés sans papiers de sanctions administratives. Devant l’obstination du ministre de l’immigration qui joue aussi sur ce dossier l’avenir de son énième texte de loi, les travailleurs sans papiers et certains de leurs soutiens peuvent être tentés de négocier « à minima » une sortie de conflit. Qui pourrait leur reprocher ? Qui en France a tenu 6 mois de grève, multipliant les actions et prenant tous les risques sans passer par des moments de lassitude, sans penser à l’échec ? Mais c’est là un des paradoxes de cette lutte, celle-ci arrivant au bout de son énergie, elle en crée de plus en plus chez les soutiens. En témoigne le rassemblement d’hier devant l’Hôtel de Ville de Paris où les messages de solidarité se sont succédés pendant deux heures devant deux mille personnes. Et si les discours mettaient l’accent sur l’exemplarité du mouvement et le courage des grévistes, ils amenaient chacun un engagement à relayer la lutte partout où il faudrait le faire. De nombreux élus de la majorité régionale se retrouveront la semaine prochaine sur ce thème, les partis politiques de gauche souhaitant prendre leurs responsabilités dans un conflit social qui n’a que trop duré. Cet engagement des politiques auprès des travailleurs sans papiers n’est pas nouveau, mais il se développe maintenant que le blocage du gouvernement face aux bonnes dispositions des acteurs sociaux est évident.
Alors oui, les travailleurs sans papiers sont épuisés par 6 mois de grève et certaines thèses défaitistes commencent à se faire entendre, mais les grévistes auront réussi le tour de force d’unir autour d’eux un large front de syndicats, d’associations, de partis politiques, d’organisations patronales et de citoyens venant de tous les horizons, qui s’opposent aujourd’hui à la politique négative d’immigration d’Eric Besson et du gouvernement.
Tous ensemble, nous devons accentuer la solidarité envers les travailleurs sans papiers et ne rien lâcher sur les buts que nous nous sommes fixés au début d’octobre 2009 , la régularisation des travailleurs sans papiers.

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